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Chapitre 1 • La vie selon Marie-Louise
Le tout, c’est de garder le moral, comme l’œuf au plat : côté soleil
en haut, sur belle collerette de drap blanc… Voilà, c’est bien mieux
comme ça ! Ah, excusez-moi, je ne me suis même pas présentée :
Marie-Louise, pour vous servir. Ça serait trop long et puis je suis un
peu fatiguée pour vous raconter ma vie depuis le début…
Mon père, Louis-Marie, disait toujours que j’avais un grain, c’est
peut-être pour ça que j’en ai pris de la graine ! Mais, foi de
Marie-Louise, fille de Louis-Marie, cette fois, j’ai un peu de mal à
encaisser. Clouée au lit, les jambes en gélatine autour de mon
nouveau fémur en plastique, la peur du vide, une horreur, même pas le courage de me redresser sans m’agripper au cou du premier venu !
Mon petit kiné, qui est mignon à croquer, m’a expliqué que j’avais le
“post fall syndrome”, le “fear of failing”, un truc classique : 40 %
des 30 % d’accidentés sont à 80 % fêlés. Moi je suis 100 % cassée,
terrorisée. Allez jouer les Zizi Jeanmaire après ça et lui demander si
vous l’avez bien descendu… L’escalier, c’est plus un truc pour
Marie-Louise. Bon, mais ce n’est pas une raison pour lui casser le dos
à ce gentil garçon.
Chapitre 2 • La vie selon Marie-Louise
Les enfants ont été formidables : ils ont tout équipé dans la
maison pour que je prenne de l’exercice. Ça me rappelle le cirque, quand je les
emmenais voir les funambules et les clowns. À la barre fixe, Marie-Louise, tous
les matins, et bien droite aux commandes du super-guidon… Je n’ai plus peur de
rien ! Enfin, si. Surtout le mercredi – c’est le jour de la visite de mon petit
kiné qui est si mignon –, j’ai toujours peur de ne pas m’être assez
savonnée derrière les oreilles. Les terreurs de mon enfance remontent, je m’agite comme une
toupie. Pour me calmer, je me
raconte l’histoire de Psycho et de
Maurice, en équilibre sur un fil, qui courent l’un vers l’autre et qui ne
peuvent plus tomber parce qu’ils se sont rejoints et que, de leurs deux doigts réunis, ils réinventent le plafond de la Chapelle
Sixtine. C’est tellement émouvant que quand mon petit kiné arrive, les larmes
ont tracé de gros sillons dans la poudre et j’ai l’air d’avoir fait le
Paris-Dakar à pied !
Chapitre 3 • La vie selon Marie-Louise
Ça me fait un bien fou de vous savoir ici, les enfants, tous
en bonne santé. Pendant
un moment, j’ai cru que j’étais
revenue à l’hôpital, excusez-moi. De sacrés cauchemars, à rouler, bouler, d’un lit à l’autre, entre les bras de
toutes ces femmes qui se tuaient
à
me soulever comme un poids mort. Et le cerveau en gélatine à imaginer leurs jeunes articulations en
capilotade, leurs vertèbres jouant le Te Deum sur xylophone rouillé.
De cette
java des estropiés du transvasement, de cette samba désabusée du pauvre soignant, j’ai encore les
oreilles en marinade. Tiens, à l’école, à côté des problèmes de robinets qui fuient, on
pourrait aussi faire calculer les fuites de jeunesse compte tenu des kilomètres parcourus avec un
malade de chariot en brancard et d’urgences en bloc opératoire. Oh, mais
excusez-moi, à trop penser à des histoires tristes, j’ai presque rempli la
théière pour le thé aux larmes.
Chapitre 4 • La vie selon Marie-Louise
Je filais un mauvais coton, dans le chapitre précédent… Mais c’est fini, foi de Marie-Louise,
fille de Louis-Marie, le soleil va revenir en façade. D’ailleurs, vous voyez,
les jours rallongent, on va vers l’été !
Et aujourd’hui, j’avoue tout, je me mets à table et j’ose
le proclamer : on a toujours cru que
j’étais une intello, eh bien non,
par-dessus tout,
j’adore
les travaux manuels. Alors pensez comme je jubile, comme j’énormenthousiasme devant ce déploiement de matériaux que monsieur Dubu a préparé pour moi. Il m’a présenté toute sa famille
d’ergotables : Dubusim, Dubuen, Dubupup… mais surtout il m’a laissée jouer avec
ces merveilleuses balles multicolores. Je n’en croyais pas mes yeux : des
cubes, des bâtonnets, des boules,
des perles… une vraie caverne d’Ali-Dubaba ! Rien que pour moi. Et pas la peine
de se hisser sur la plante des pieds pour attraper le pot de confiture.Et hop, le pied d’époxy glisse à ma mesure sur une note
flûtée. Une crème d’homme cet ergothérapeute.
Chapitre 5 • La vie selon Marie-Louise
Dans ma tête, il y a un ciel étoilé et la voie lactée comme
une traînée de poudre. Je vous l’avais bien dit… le tout c’est de garder le
moral. Mais croyez-en ma vieille expérience, c’est du boulot, ça ne
vient pas tout seul, foi de Marie-Louise, fille de Louis-Marie.
Après mon petit
kiné gentil à croquer, j’ai
rencontré la crème des ergos, et
de rollboard en guidon automax, j’ai fini par croiser le gentil monsieur d’Alter Eco Santé. Ce gars-là a écouté mon histoire jusqu’au
bout et, dans sa besace, il trimballait
des solutions à tout. Tous les jours, je lui ai raconté l’histoire de
Psycho et Maurice en équilibre sur leur fil.
Je lui ai joué aussi sur le phono le Te Deum de la vertèbre
des soignants et raconté le parcours tout en rappel de l’haltérophile du
brancard. Vous croyez qu’il s’est démonté ? Pas du tout, il a appelé ses
collègues pour les mettre dans le coup.
La vie selon Marie-Louise ©2005 — Auteur : Lyne Strouc
Chapitre 1 • La vie selon Gustave
À trop tirer sur la corde, un jour l’instrument s’enraye et
c’est la fausse note. La vie s’écoule comme une symphonie en ré majeur, chacun
joue sa partition à la perfection et tout à coup, crac ! Y’a un os et je vous jure
que ce n’est pas moi ! Vertèbre C 20 au rapport, dite Gustave. En hommage à
Mahler bien sûr. Coincée entre deux disques comme je le suis, ce prénom m’est
apparu évident. Remarquez, y’en a d’autre qui se prenne pour l’Atlas. Suivez
mon regard. Là-haut, la C 1 prétend à longueur de journée qu’elle porte la
voûte du ciel sur ses épaules ! Que voulez-vous, c’est une cervicale qui se
prend pour une cérébrale ! Enfin, je suis bien contente de ne pas vivre juste à
côté d’elle ! Quoi qu’en ce moment, on ne danse plus chez nous, les lombaires.
Nous sommes toutes au garde-à-vous et pas moyen de nous faire relâcher la
posture.
Je commence sérieusement à me ronger la moelle épinière. D’ici à ce
qu’on m’annonce qu’il faut changer de disques. Vous imaginez ? 82 ans que
ceux-là tournent pour moi, et je devrais m’adapte
à un autre refrain !
Chapitre 2 • La vie selon Gustave
J’aurais tout entendu : je serais abîmée, tassée, déplacée !
Si vous voulez mon avis :
il a bon dos le déplacement ! J’ai toujours veillé à
ne pas sortir du rang. Question de solidarité. Je ne voyage jamais sans mes 32
sœurs. Nous sommes soudées, pour le meilleur ! Et on nous annonce le pire !
Enfin, il y a quand même une bonne nouvelle, c’est que je garde mes disques.
Ils vont juste devoir changer d’air. L’heure est désormais à l’exercice
physique. Pas de cabriole, je vous rassure, mais de la marche à pied.
Remarquez, y’a toujours eu du Wagner dans Mahler. Je devrais trouver la bonne
cadence : un pas puis l’autre, en restant droit dans ses chaussettes. Je compte
sur ma frangine, l’Atlas, tout là-haut pour diriger l’engin. Une chute est vite
arrivée, alors je fais le gros dos. Ça chuchote autour de moi : « Si on tombe, c’est fichu, foutu, fini !
» C’est pas la grande vadrouille, c’est la grande frousse ! Un peu de calme,
s’il vous plaît ! Chacun à son
poste, soyez vigilants et tout ira bien. Oui, tout ira bien. Il suffit de
garder le rythme et la tête froide.
Chapitre 3 • La vie selon Gustave
L’hôpital attendra, me voilà équipée comme un cheval de
course ! Des coussins, des étriers… Je suis pour de bon rembourrée ! Plus
question de galoper, mais je vais pouvoir trottiner encore quelques années
comme il me plaît. Et je n’ai pas dit mon dernier mot. Ce corps restera debout
jusqu’à mon dernier craquement, comme il se doit pour un vertébré. J’aurais
alors rempli ma mission, ma grande mission. N’oubliez pas que sans moi et mes
sœurs, la Terre serait encore peuplée d’escargots ! C’est pas que j’ai quoi que
ce soit contre les petits-gris. Les papilles gustatives nous en envoient
toujours de très bonnes nouvelles. Mais quand même ! Grâce à nous, le règne des
mollusques n’a pas perduré. L’intelligence s’est redressée en même temps que
l’homme. Et vous voudriez que maintenant, à 82 ans, celui-là se plie à nouveau
en deux parce que ses vertèbres le lâchent ! Pas question ! Nous ne sommes sans
doute plus très vertes ni très souples, les disques grincent à chaque
mouvement, mais nous sommes fidèles au poste.
| Il faut juste prévoir le soutien d’amortisseurs extérieurs,
et le tour est joué ! |
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Chapitre 4 • La vie selon Gustave
Y’a pas de bien à se faire du mal comme dit l’autre. Alors,
on a décidé à tous les étages de limiter les gestes trop difficiles. Un
bonhomme doit aujourd’hui nous présenter un mobilier plus adapté à notre grand
âge. Faut voir. Je suis un peu sceptique. Car je ne vois pas comment ce type qui se fait
appeler un ergoquelquechose va pouvoir nous simplifier la vie. Si c’est un
ergoteur, comme son nom semble l’indiquer, il risque plutôt de couper les
cheveux en quatre et de multiplier par autant nos petits soucis. Il ne faudrait
pas qu’il les transforme en gros problèmes, non plus. La rumeur se confirme ! L’ergotruc a apporté un gibet ! Ma
parole, il nous a pris pour un gibier de potence ! Mettez-le dehors ! Nous
autres vertèbres acceptons de nous étirer un petit peu tous les jours, mais pas
question de nous dessouder à jamais ! Que dites-vous ? C’est une machine pour
alléger le poids des membres supérieurs ? Ma foi, je préfère ça, mais je doute
que les membres supérieurs le prennent bien. Se faire traiter de poids morts…
Ah ? Ils apprécient ?
Ma foi, je comprends mieux !
Chapitre 5 • La vie selon Gustave
Humains, humaines, au nom de toutes les vertèbres, moi,
Gustave, lombaire et fier de l’être
je tiens à m’élever contre quelques-unes
de vos mauvaises habitudes. Il est grand temps de vous resserrer les boulons et
de bannir certaines attitudes. Soulever de lourdes charges sans plier les
genoux, rester affalé toute la journée … Dieu du ciel, la marmelade, c’est pour
les fruits
écrabouillés pas pour les vertèbres en colonne serrée ! Nous sommes
prêtes à nous plier en quatre pour vous mais encore faut-il que notre
bonne
volonté ne se transforme pas en partie d’osselets ! J’en ai froid dans
le dos ! Se retrouver sur les rotules quand on est une vertèbre,
croyez-moi sur parole, c’est profondément humiliant. Alors, il est
grand temps
de se redresser et de se mettre en formation. Le plan d’attaque est
simple :
apprendre le baba des gestes pratiques. Et au diable, la valse ! À deux
pas c’est bien, à 32
vertèbres, c’est l’anarchie. D’ailleurs, vous ne trouverez aucun Strauss
chez
nous. Nous n’aimons pas les chichis. Par contre, lorsque les
disques entonnent la symphonie
en ré majeur !
La vie selon Marie-Louise ©2006 — Auteur : Sophie Lamoureux
Chapitre 1 • La vie selon Marie-Louise
Ouh, ouh… vous m’avez reconnue ? ! Mais si, Marie-Louise, la fille
de Louis-Marie, le moral comme l’œuf au plat, soleil dessus et le sourire en
collerette… pour vous servir !
Pour ceux qui ne me remettent pas, ils n’auront qu’à demander au petit monsieur
d’Alter Eco Santé, je suis dans son catalogue, celui de 2005. Eh oui, deux ans
déjà… allez, c’est pas la mer à boire. D’ailleurs, je vous conseille de les
garder ces catalogues. Oh, vous pouvez ricaner… vous verrez, un jour on se les
arrachera ces collectors. Il ira loin monsieur Alter Éco… parce qu’il nous
aide, figurez-vous, avec ses cartons pleins de trucs à tout faire.
– Quoi, mes vertèbres ?
Oui, merci, ça va très bien. Gustave Lombaire, c’est de l’histoire
ancienne, il finissait par me ronger les moëlles, celui-là, avec ses
symphonies
en ré majeur pour vertèbres en capilotade. Désaccord parfait… Entre
nous, je préfère encore la solitude
du grand Atlas. Avec un peu de bonne volonté et quelques aides
techniques, on y
arrive, pas vrai, monsieur Alter Éco ? Et puis, comme dit ma voisine :
« Translation et mobilisation, ça vaut mieux que d’essayer d’attraper
le Transibérien en mobylette et de s’éclater la rate à vouloir aller
plus vite
que la musique ».
Chapitre 2 • La vie selon Marie-Louise
Ouh, ouh, c’est moi !
Eh bien, figurez vous que, même si le paysage de la régression psychomotrice
n’est pas mon décor favori, moi j’ai trouvé un truc pour continuer à rêver la
vie. Entre barre et guidon, coussin stabilisateur et ceinture pleine mousse, ça
tricote dur des neurones dans la tête de Marie-Louise. Allez, je m’explique : j’ai inventé une espèce de yoga
à trois temps : assis,
debout, assis. Je vais lui soumettre l’idée à monsieur Alter Éco, il me
trouvera bien un nom pour ce machin… Parce que, vous l’avez peut-être remarqué,
depuis qu’il s’est remarié, on dirait que ça lui a tourné les sangs : il baptise ses inventions à tour
de bras, un vrai Saint Sacrement du paramédical, ce catalogue…
Mais revenons à nos moutons… Primo, assis. Respirer
lentement, laisser l’air frais gonfler les poumons. Fermer les yeux.
Enfin,
seulement faire comme si, pas se laisser naufrager. Penser à une chose
très
belle, comme le miel doré d’un rayon de soleil coulant très doucement
sur les
feuilles des arbres et la courbe des nuages. Un léger souffle déplace
les
formes. Laisser couler. Attention, toujours assis, retenir l’image, la
beauté, le souffle. Et tout à trac, en une micropoussière de seconde,
prendre l’impulsion
et lancer le tout vers le haut. Voilà, on y est !
Debout, deuxième temps, c’est gagné. Le miel du soleil vous chatouille
gentiment l’occiput et le nuage ne pèse pas plus qu’une plume. Dans ce
temps-là, on pense à tout ce qui fait plaisir et on en avale une
bouffée. On la
savoure bien, parce que c’est le meilleur moment. Trop bon !
Au troisième temps, on revient. Assis. On laisse agir. Il faut faire l’exercice souvent pour
faire le plein d’images. Assis-debout-assis, sans s’embrouiller.
Tiens, ça me fait penser aux Mille et une nuits, vous savez,
le gars qui avait perdu sa mule dans le souk. Le devin lui dit de
continuer à
marcher dans le souk, en s’appliquant à manger, dans l’ordre, une
amande, un raisin, une pistache… une amande, un raisin, une pistache,
toujours dans
l’ordre, sans se tromper, bien concentré sur son sac de graines. Eh
bien, il s’est tellement appliqué, le gars,
qu’il a fini par la retrouver, sa mule. À force d’essayer de ne pas
oublier d’oublier ce qu’il avait
oublié.
Chapitre 3 • La vie selon Marie-Louise
Eh oui, c’est encore moi !
Il faut quand même que je
vous le dise: en ce moment, c’est pas la grande forme, je crois que je décroche
un peu. La vie à plein temps, on a beau dire, malgré les trente-cinq heures et
les congés payéxs, ça use. Monter, descendre, rouler, bouler… faut s’accrocher,
foi de Marie-Louise, fille de Louis-Marie. Le petit monsieur Alter Éco me parle
des ATT, paraît que ça peut aider, alors, va pour les ATT !
Comme, pendant qu’il m’expliquait tout ça, je pensais au
gars dans le souk, tout content d’avoir retrouvé sa mule et qui lui caressait
doucement les joues dans le sens du poil en lui faisant croquer une amande, un
raisin, une pistache, dans l’ordre, sans se tromper, bien concentré sur son sac
de graines, je n’ai pas bien compris ce qu’il disait. Ensuite, quand j’ai fini
par comprendre qu’il attendait une réponse, je n’ai pas osé lui faire tout
répéter… Alors, j’ai suivi le mouvement :
on glisse à l’horizontale, maintenant, un vrai luna-park ! Quand même, je suis bien contente qu’il n’ait pas
prévu un grand huit dans sa collection d’attractions. Moi, personnellement, je
n’ai jamais trop apprécié ce genre d’émotions fortes. Mais quel boulot, bon
sang, les transferts, les compensations… Ils s’agitent tous autour de moi, ça
fait peine. Et moi, pas foutue de les aider, je divague encore à agiter mes
neurones en clochettes. Vous savez à quoi je pensais pendant qu’eux s’agitaient ? Ben voilà : à une vérité vraie, incroyable
et 100 % scientifique… les
vers de terre peuvent creuser cinq mille kilomètres de galeries à l’hectare (au
fait, un hectare, ça va chercher dans les combien ?).
Et en plus, ces êtres laborieux et mous mangent deux fois leur poids par jour…
quelle horreur ! Et il
paraît qu’en creusant et en s’empiffrant, ils stimulent les rizobiomes, des
bactéries macaroni, tête de radis, qui se délectent de leur hyperactivité
digestive. À te dégoûter du vivant… Un tue-l’amour de chair rose qui te
renvoie à ton corps et à ses évolutions hormonales cycliques. En somme, on
serait qu’un grand faitout sous le couvercle duquel les endorphines s’agitent,
dansant des sarabandes gloutonnes pour une grande surprise-partie d’œstrogènes
tapageurs ou s’endormant et collant en plaque au fond ! Bon, allez, ça suffit, Marie-Louise, mets ta ceinture et
boucle-la !
Chapitre 4 • La vie selon Marie-Louise
“Ma petite Marie-Louise, tu débloques, il va falloir toute
te reprogrammer depuis le début…” Eh oui, voilà ce que j’en arrive à me dire ! J’ai expliqué à monsieur Alter
Éco
qu’il devrait me motiver sérieusement et il ne s’est pas démonté. C’est
beau l’énergie !
Il a frappé en plein dans le mille en dessinant tout un parcours de petits
pieds sur le plancher. Du coup, ça m’a redonné une nouvelle jeunesse. Minute, je m’explique…
c’est à
cause du tango, j’en ai encore la tête truffée des pieds dessinés sur les
manuels de danse pour décomposer le pas de base de l’homme et les figures à
suivre. Alors, quand je vois ces semelles dessinées sur le sol, j’y replante
les beaux hidalgos de ma jeunesse, taille cambrée et regard de braise… leur
main se pose sur mon dos et la sarabande reprend.
Chapitre 5 • La vie selon Marie-Louise
“Attention, hein, l’aisance, ça vient pas tout seul, ça se travaille !
C’est qu’il ne s’agit pas de s’agiter dans le désordre. Il y a une
méthode. Quand on danse sur la piste, il faut prendre les bons répères
pour aller dans le sens du bal et pas cogner le voisin. Le meilleur
truc, c’est de pas lâcher l’hidalgo du regard ni de la poitrine, c’est
lui qui guide.
Et hop, on s’arrête pour laisser la voisine faire sa virevolte. Pendant
ce temps-là, toi, tu fais une fioriture pour mettre en valeur l’attache
de ta cheville à la bride du talon-aiguille. Eh, ne croyez pas que je
papillonne : tout ça, ça demande une formation ri-gou-reu-se.
Chapitre 6 • La vie selon Marie-Louise
Allez, on y est presque, les amis…
Alter Éco, c’est une affaire qui monte, haut les cœurs et Santé pour tous ! Faut pas s’en faire des
montagnes, avec les bons outils et la bonne formation, on arrive à gravir les
échelons… Après, il n’y a plus qu’à planter son totem au sommet de la montagne
et à regarder le monde s’agiter en bas. Waouh, cet air pur des cimes me grise
un peu, je crois.
Le grand bal des mille et une nuits, c’est pour aujourd’hui ! Vous avez tout suivi ?
Je vous embrasse, les amis. Pour la suite, voyez avec monsieur Alter Éco… moi,
j’ai une petite danse de retard avec un cavalier mignon
tout plein de l’Amérique
australe, faut que je vous laisse.
La vie selon Marie-Louise ©2007 — Auteur : Lyne Strouc
Chapitre 1 • La vie selon Marie-Louise
Bon
sang, les enfants, 2009, je ne croyais pas venir vous
vendre ma salade une année de plus… avec le réchauffement de la planète
et l’hiver
de plus en plus glacial, la vie hors de prix et pas bézef pour le prix
de la vie, sans parler de tout ce qu’on doit courber l’échine et avaler
comme couleuvres et mensonges. Le petit monsieur d’Alter Eco Santé, qui
travaille toujours tant et tant pour gagner moins et moins, me redemande de
montrer ma trombine dans son catalogue et de vous faire l’article indéfini et
les pronoms personnels mobilisants. Justement quand moi, Marie-Louise, fille de
Louis-Marie, je m’apprêtais à suçoter les pissenlits par les pétales
doucettement allongée sur mon Transalt. Allez, on y va, le moral comme l’œuf au
plat, côté soleil en haut, côté graisseux en bas !
La dernière fois qu’on s’est parlé, je vous disais que
j’avais un petit tango de retard. Eh bien, figurez-vous qu’à force de
m’embrouiller dans les pas, cette fois, j’en ai au moins trois cents et, sur
mon carnet de bal, j’ai rayé l’hidalgo mignon tout plein de l’Amérique
australe.
Et, attendez là, je ne dis pas que je renonce à la
gaudriole… mes hormones sont encore en surnombre ces temps-ci et justement, il
se passe un truc merveilleux. Je suis A-mou-reu-se ! Vous avez bien entendu,
oui, oui, A-mou-reu-se, parfaitement, y’a pas d’âge : les jambes en gélatine et
des rougeurs de fraise quand il approche. Vous connaissez ça, ou vous l’avez connu, pas vrai ? En tout
cas, je l’espère pour vous.
Et c’est pour cela que je glisse, mes petits chéris, je
glisse pleins gaz à fond vers cette Amérique de mes amours. Rossignol…la-la-la
la-la la-mour… Au-dessus des nuages, le ciel est radieux, vous devriez voir ça
! Marie-Louise vous salue : elle vole au-dessus du A de Atlantique.
Chapitre 2 • La vie selon Marie-Louise
Waouh, les enfants, ça c’est de la mobilisation ! Arpenter
des avenues qui commencent au numéro un pour finir au trois mille neuf cents et
plus, c’est pratiquement insensé, personne ne s’est jamais risqué à le faire à
pied. Moi non plus, rassurez-vous, je roule-boule dans le duvet cotonneux d’un
taxi, bien calée dans mon siège, nez collé à la vitre. Dans ma poche, j’ai mis
le trèfle à quatre feuilles que m’a offert la fée Lulu avant mon départ. Mais
c’est une autre histoire, je vous raconte la suite, patience… Je suis à Buenos Aires avec mon nouveau fiancé, la ville où
personne ne dort jamais. C’est qu’à force d’en avaler des couleuvres, ici, ils
ont appris à se méfier et à garder toujours un œil ouvert ! Il y en a qui
devraient en prendre de la graine… Mais bon, œuf au plat, œuf au plat, on est
là pour s’en mettre plein les yeux !
Figurez-vous que dans cette ville, ce
n’est pas des Two-Ways ni des Four-Ways XXL qui leur servent
à se déplacer :
leur baron Haussman à eux, il a construit des Nine-Ways en pleine ville. Oui,
oui, foi de Marie-Louise, fille de Louis-Marie, neuf voies, sans compter les
contre-allées, les terre-pleins et l’obélisque, et les voies alternatives
qu’inventent les chauffeurs malins pour gagner une année bisextile plus vite.
Accrochez-vous bien aux sangles et aux poulies, calez l’échelle Anoli, il ne
faut pas en perdre une miette. Côté architecture, Buenos Aires c’est un peu le
catalogue des merveilles et des horreurs. Imaginez l’Europe et l’Amérique
empilées l’une sur l’autre, broyées dans un vacarme de tous les diables, et au
milieu une rivière de six millions de personnes courant vers leurs affaires.
Foi de Marie-Louise, ces gens sont extraordinaires : avec tout ça, ils restent
absolument charmants.
Chapitre 3 • La vie selon Marie-Louise
Me revoilà, excusez-moi, j’ai fait halte au salon de thé et
oh la la ! Imaginez une belle grosse vache aux flancs rebondis et, derrière ses
longs cils recourbés, son petit cœur qui frémit tandis que Carlos Gardel lui
sussure Volver dans le creux de l’oreille. Premièrement la vache, deuxièmement
le lait… Et tout de suite après, le lait se mêlant au sucre roux dans le
chaudron pour épaissir en onctueux caramel. Frissons partout et confiture de
dévotion… Suçoter une cuillérée de Dulce de Leche, la confiture de lait d’ici,
pardonnez-moi, c’est tout cela et plus encore. Le plaisir à l’état pur. En parlant de plaisir, comme je suis partageuse, je vais
vous do...
Chapitre 4 • La vie selon Marie-Louise
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La vie selon Marie-Louise ©2009 — Auteur :
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